05 décembre 2016 ~ 0 Commentaire

J’aurais du intervenir.

[Edit] : Cet article a été initialement publié le 11 octobre.

Se faire insulter, c’est courant lorsque l’on est adolescent. Une violence verbale que l’on banalise parfois. Pour se rassurer, pour ne pas intervenir ?

Et pourtant, il pourrait suffire de bien peu.

J’aurais dû intervenir.

Ce matin. Bus bondé, chaleur étouffante. Je me cale tant bien que mal, sac sur l’épaule, coincée entre un jeune homme qui a abusé du parfum et une barre métallique qui me rentre dans le dos. Il est tôt mais je ne me sens pas fatiguée.

Devant moi, une bande d’adolescents. Ils parlent forts et prennent de la place, ne remarquant sans doute même les regards agacés de certaines personnes, tout à leur quotidien.
Trois, peut-être quatre filles, je vois mal. Au moins deux garçons, leurs voix en plein changement portent au dessus de la rumeur.
Une des filles, queue de cheval et cheveux châtains, semble être la cible d’insultes à répétitions, sous couvert de moqueries.
Un des garçons et une des filles la traite de grosse vache, plusieurs fois. Une avalanche des mêmes mots : « Dégage, grosse vache ! », « Me touche pas grosse vache », « Elle prend de la place cette grosse vache ! ».
Je voudrais m’avancer, gifler ce gosse pour cette insulte quand il ne pensait certainement pas pas aux conséquences. Je ne le fais pas. Pourquoi ? J’ai beau chercher, j’avoue ne pas comprendre mon inaction.
Les insultes pleuvent encore lorsqu’elle et une autre fille profitent de deux sièges soudainement laissé vacant.
« Ah les grosses vaches s’assoient ! Deux sièges ça ne suffit même pas tellement elles sont grosses, il faudrait des sièges XXL. Ou triple XL. »
La violence des mots me sidèrent. Pourtant, ces mots, je les ai entendu, je les ai subis. Mais à observer extérieurement, je me rend compte à quel point ils sont durs et mauvais. À quel point les dire est d’une bêtise crasse. À quel point ils font mal.
Les deux filles, sans se laisser démonter, rétorquent, riant malgré l’agression : « Mais on vous emmerde ! »

Arrêt suivant. Les adolescents sortent, le bus se vide. Je m’assoie. Je pense.
Aurais-je dû intervenir ? Dire à ce gamin à quel point il faisait preuve d’insolence, à quel point il était insultant ? Mes mots d’adultes auraient-ils été efficace face à la verve et l’impulsivité d’un garçon de quinze ans élevé avec l’idée qu’une fille doit être mince ?

Il le faut. Il faut que mes mots portent. 

Je doute qu’ils lisent mon blog un jour. Peut-être vivront-ils sans même connaître le concept de slut-shaming. Je ne l’espère pas. Peut-être ces filles vivront-elles le reste de leur vie sans être démolies par l’influence d’un corps standardisé, idéalisé. En cela, je ne crois guère. 
Peut-être suis-je trop influencée par ma propre expérience, douloureuse à l’extrême, annihilante et mortifère. Je vois peut-être le mal partout. Je projette mes peurs, mes angoisses et mes souvenirs sur deux adolescentes que j’ai croisé durant dix minutes dans un bus bondé.

Mais si elles ou d’autres lisent ce blog, je veux que vous compreniez.
Vous n’êtes PAS une grosse vache. Vous n’est pas une montgolfière, un camion ou tout autre nom d’oiseau dont vos camarades aiment à vous affubler. Vous n’êtes pas une merde.
Vous êtes extraordinaire. Vous êtes humain(e)s. 
Vous êtes quelqu’un de bien. 
Vous êtes magnifique. Et vous pouvez le croire. Vous êtes unique. Vous êtes une personne complexe et riche.
Vous êtes normale. Vous êtes aimé.

Votre poids fait partie de vous, de votre corps. Il faut vivre avec, mais ne passez pas votre vie à combattre, fuir ou haïr les kilos. Aimez-les.

Car croyez-moi, rien n’est plus qu’un corps que l’on aime.
Peu importe sa taille.
Aimez-vous.

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